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De nouvelles techniques mises à l’épreuve : la Forêt de recherche de Bulungan à Bornéo
bullet.gif (105 bytes) Réduction des dommages d’exploitation forestière
bullet.gif (105 bytes) Formation à l’exploitation à faible impact: le passage à la pratique
bullet.gif (105 bytes) Cartographie et négociations avec les communautés
bullet.gif (105 bytes) Possibilités de travail sur le terrain pour de jeunes chercheurs et autres partenaires
bullet.gif (105 bytes) Nouvelles espèces à Bulungan
bullet.gif (105 bytes) Conservation de la biodiversité et intérêts locaux
bullet.gif (105 bytes) Carrefours culturels: les nouveaux choix effaceront-ils les modes de vie traditionnels ?
Le peuple de la forêt : les Punan du fleuve Malinau
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De nouvelles techniques mises à l’épreuve : la Forêt de recherche de Bulungan à Bornéo

En 1996 le Gouvernement indonésien délimita 300 000 hectares de forêt comme site expérimental de longue durée en vue de mettre au point et expérimenter des pratiques nécessaires pour réaliser un aménagement forestier durable.

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Le Gouvernement indonésien espère que ce travail se traduira par des méthodes d’aménagement appropriées à ses forêts nationales. De son côté, l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT) estime que les résultats des recherches pourront être largement appliqués aux forêts d’autres pays, et elle a fourni un appui financier important.

Située au Kalimantan oriental, la Forêt de recherche de Bulungan englobe un certain nombre de groupes humains autochtones, et une large gamme de types de forêt et d’activités humaines. Cela en fait un excellent emplacement pour des études particulières, ainsi qu’un “laboratoire” pour mettre au point des techniques et des “pratiques optimales” en vue d’un aménagement forestier intégré. Le CIFOR collabore avec de nombreuses institutions pour mener un large éventail d’études à Bulungan. Un échantillon en est présenté ci-après.

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Réduction des dommages d’exploitation forestière

L’Indonésie, comme de nombreux autres pays, utilise ses forêts pour fournir du bois destiné à l’industrie locale ou à l’exportation. La recherche montre que l’on peut extraire du bois d’une manière qui réduise considérablement les dommages aux autres ressources forestières ainsi qu’au peuplement restant. L’expérimentation des méthodes d’exploitation à faible impact constitue l’un des grands projets de recherche à Bulungan.

“L’objectif est de fournir une idée des techniques d’exploitation dans les forêts naturelles qui réduisent les impacts écologiques, notamment les dommages aux sols, aux arbres et aux animaux, pour aider à maintenir les fonctions écologiques”, explique Kartawinata, Directeur de la Forêt de recherche de Bulungan.

Les techniques et les résultats de l’exploitation à faible impact varient en fonction des  conditions locales. Les expérimentations de Bulungan sont conduites en vue de déterminer les méthodes appropriées aux forêts naturelles d’Indonésie. Plus précisément, elles permettent d’étudier les effets sur la végétation locale et sur les autres caractéristiques de la forêt de techniques d’exploitation à faible impact par comparaison avec les impacts des méthodes classiques d’exploitation.

Le CIFOR a récemment amplifié les études d’exploitation à faible impact, en ajoutant en 2000 quatre nouvelles parcelles expérimentales permanentes, ce qui porte le total à 28. Plinio Sist, écologue forestier du CIRAD-Forêt (France), supervise les expérimentations, qui sont conduites en coopération avec une entreprise étatique d’exploitation forestière, la PT INHUTANI II, sur un site proche du chef-lieu du district de Malinau.

De nombreuses données écologiques – sur les essences forestières, la diversité et la composition spécifiques, les caractéristiques du sol – ont été collectées pour servir de base aux études ayant pour but de déterminer de quelle façon la dynamique forestière peut être influencée par une exploitation pratiquée à différentes intensités et avec divers traitements. Les résultats préliminaires démontrent que l’exploitation à faible impact réduit le dommage au peuplement restant en comparaison des techniques classiques d’exploitation; elle endommage 38 pour cent de moins d’arbres résiduels. Le principal avantage de l’exploitation à faible impact est la réduction sensible du dommage dû au débardage. En s’appuyant sur ces conclusions, on a rédigé des directives pour les opérations de terrain avec des techniques à impact réduit à Bulungan.

Deux autres volets de l’étude d’exploitation à faible impact ont été lancés en 2000, l’un ayant pour objet de suivre la croissance et la survie des arbres dans des parcelles de forêt exploitées depuis deux ans, et l’autre de déterminer les impacts de l’exploitation sur les jeunes arbres qui constitueront le peuplement principal futur.

L’analyse comparative des coûts et bénéfices de l’exploitation à faible impact en comparaison des méthodes classiques s’est poursuivie sur le site de Malinau, effectuée par Hariyatno Dwiprabowo, Stéphane Grulois, Sist et Kartawinata. Précédemment, ces chercheurs ont rapporté des résultats encourageants des études menées jusqu’à ce jour, montrant que la méthode d’exploitation à faible impact a accru la productivité de l’abattage et du débardage de 25 pour cent ou plus par rapport à l’exploitation classique.

L’un des principaux progrès apportés par ce projet est que les résultats des premiers essais d’exploitation à faible impact ont amené les forestiers d’INHUTANI II qui ont participé aux études à changer leur attitude sur l’efficacité de la méthode. De leur propre chef, ils ont décidé d’adopter des méthodes à faible impact pour exploiter trois nouvelles parcelles. “Cette approche n’est plus considérée comme un outil expérimental pour chercheurs forestiers”, déclare Kartawinata, “mais comme une méthode permettant d’accroître le rendement de l’exploitation forestière”.

 

Formation à l’exploitation à faible impact : le passage à la pratique

La formation est essentielle pour une bonne mise en pratique de l’exploitation forestière à faible impact. Le CIFOR a co-parrainé un certain nombre de programmes de formation dans ce domaine au cours des derniers mois. Dans deux stages financés par la Fondation forestière tropicale, l’OIBT et le CIFOR, 27 membres du personnel de sociétés d’exploitation forestière, de centres de recherche et d’institutions d’enseignement se sont initiés à l’emploi de la cartographie en relief assistée par ordinateur pour planifier les opérations de terrain. Le programme informatique, baptisé ROADENG, peut être combiné avec des données provenant de diverses sources pour élaborer des cartes qui ressemblent aux présentations AutoCAD. Le deuxième stage portait sur le tracé des routes et la manière de le réaliser pour réduire au minimum les dommages à l’environnement tout en réduisant les coûts en forêt pour les exploitants.

Une douzaine de membres du personnel du Projet d’aménagement forestier de Berau (projet INHUTANI I – Union européenne au Kalimantan oriental) ont visité le site expérimental dans la concession de Malinau pour en apprendre davantage sur l’exploitation à faible impact et faire des études comparatives de la technique. Le Centre de formation forestière du Ministère des Forêts, le Projet de formation spécialisée Indonésie – Australie et PT INHUTANI II ont également organisé une formation de terrain à l’exploitation à faible impact pour 33 participants venus d’entreprises étatiques d’exploitation forestière, de concessions forestières, de plusieurs organismes du Ministère indonésien des Forêts, et d’universités du Kalimantan.

 

Cartographie et négociations avec les communautés

La recherche dans les villages de la forêt de Bulungan fournit une base pour le travail plus vaste du CIFOR visant à dégager des méthodes efficaces pour la gestion forestière communautaire. Une fois bien au point, ces techniques fourniront un cadre permettant à différents groupes de négocier leurs divers intérêts dans une forêt donnée et imaginer ensemble des stratégies de gestion pour leur bénéfice mutuel.

Ces études s’appuient fortement sur la “recherche en action participative”, approche sociologique répondant aux problèmes réels des bénéficiaires ciblés et les faisant participer au processus de recherche. La “cartographie communautaire” est un moyen de mettre en lumière les problèmes locaux. A ce titre, elle est utilisée comme un point de départ pour une grande partie des études menées à Bulungan et sur d’autres sites par le Programme du CIFOR sur la Cogestion adaptative des forêts.

A Bulungan, les chercheurs utilisent la cartographie communautaire pour rechercher les moyens d’aider les communautés à régler leurs conflits fonciers et autres. “La cartographie suscite un immense intérêt de tous ceux concernés, et s’avère être une excellente base pour examiner les questions relatives aux conflits et aux négociations”, déclare Lini Wollenberg, spécialiste de foresterie communautaire qui coordonne à Bulungan des études sur les relations entre ayants droit multiples. Mais la cartographie est plus qu’un simple instrument pour résoudre les conflits, explique-t-elle. Elle fournit aussi une base d’information spatiale sur une communauté donnée – utile pour étayer des discussions plus larges entre différents acteurs.

Comme les cartes officielles, les cartes élaborées avec les communautés illustrent l’emplacement des habitations, des ressources, de l’infrastructure et de l’utilisation des terres. Mais elles font souvent ressortir les litiges de limites avec l’Etat et avec des intérêts extérieurs, tels que concessions forestières et planteurs industriels, au sujet de droits d’accès et de revendications foncières. Faute de sécurité de jouissance des terres et de voix dans les prises de décisions, la population locale a peu de recours pour faire face à la situation.

Les études de Bulungan montrent qu’il y a des conflits à divers niveaux. Les villages ont des doléances à l’égard de groupes extérieurs au sujet de la qualité des eaux, des dédommagements pour les terres, des niveaux d’assistance de l’Etat, et de la perte de terrains de chasse et de produits forestiers. Entre villages, les conflits tendent à être surtout politiques, tandis que les conflits internes procèdent d’avantages déloyaux des élites locales et du manque de transparence dans les décisions. Les différences de traditions et de modèles d’habitat entre les groupes ethniques de la région créent également des tensions, et doivent être prises en considération dans le choix de ceux qui participeront à la planification locale.

 

Possibilités de travail sur le terrain pour de jeunes chercheurs et autres partenaires

La Forêt de recherche de Bulungan fournit de nombreuses possibilités de recherche sur le terrain par de jeunes chercheurs et autres partenaires. Les résultats de ces travaux appuient le programme général de recherche du CIFOR. Un certain nombre de membres de l’Université Mulawarman à Samarinda (Kalimantan oriental) conduisent des recherches à Bulungan, par exemple une équipe menée par Dady Ruhiyat qui a effectué en 2000 des études pédologiques sur le site du CIFOR d’expérimentation d’exploitation forestière à faible impact près de Malinau.

La Fondation MacArthur fournit des subventions pour appuyer la recherche à Bulungan par des étudiants indonésiens. Le CIFOR a un accord officiel avec le Programme forestier de troisième cycle à Mulawarman pour offrir des possibilités de recherche à des étudiants travaillant sur les questions d’aménagement forestier et de moyens d’existence fondés sur les ressources forestières.

Plusieurs étudiants de troisième cycle de l’Université Mulawarman ont effectué des recherches à Bulungan en vue de leur thèse de maîtrise. Atika Nostalgia, par exemple, a étudié les relations entre forêt, butinage et colonies d’abeilles, et usages traditionnels du miel. Nursuyata Haslindah Hamzah a analysé les aspects socioéconomiques de la gestion communautaire des forêts et ses perspectives de développement à Malinau. Harlinda Kuspradini a effectué une analyse de la valeur calorifique des essences à bois de feu utilisées par les communautés rurales au voisinage des chantiers de PT INHUTANI II près de Malinau.

Un autre étudiant bénéficiaire, Agni Klintuni Boedhihartono, a étudié la vie, la mortalité, la santé et la pathologie parmi les populations autochtones de Bulungan, dans le cadre de ses études de doctorat à l’Université de Paris VII. S’appuyant sur son travail précédent à Bulungan, Iwan Kurniawan a bénéficié d’une assistance de la Fondation MacArthur pour appuyer ses recherches en vue de sa thèse de maîtrise.

Près de la concession forestière de Malinau également, Arman, stagiaire de Mulawarman, a travaillé sur le terrain avec Jérôme Chabbert, étudiant de troisième cycle à l’Université de Paris XII, rassemblant et analysant des données sur les dommages d’exploitation forestière. Sigit Budiarta, stagiaire depuis deux ans au projet d’exploitation à faible impact, a récemment rédigé un rapport scientifique sur les peuplements résiduels après la coupe dans la concession PT INHUTANI II pour remplir les exigences d’un diplôme forestier de l’Université agronomique de Bogor.

Parmi les leçons générales tirées jusqu’à présent du travail de cartographie effectué à Bulungan, qui sera utilisé pour élaborer des modèles de cogestion des forêts communautaires dans diverses conditions, on note celles-ci :

·           Les conflits locaux comportent des strates multiples, exigeant des négociations multidimensionnelles.

·           Les conflits locaux se modifient en réponse à divers facteurs, et exigent un processus de négociation souple et par étapes.

·           Les alliances entre chefs de village et autres notables sont un obstacle à des prises de décision et une gestion transparentes.

·           Le processus de négociation est rarement réellement participatif, ce qui tend à rendre tous les accords par nature partiels et temporaires.

Wollenberg déclare : “Parvenir à un accord avec une communauté n’est pas nécessairement une bonne chose, s’il n’est pas établi sur des fondements sociaux transparents et légitimes”.

Les chercheurs ont constaté que, dans les cas où l’on était parvenu à de bons accords, les conflits se résolvaient plus rapidement là où les limites n’étaient pas conçues comme des “clôtures”, mais comme des “ensembles de ressources” délimités, avec certains droits et certaines sanctions. Et en raison de la dépendance mutuelle entre leurs territoires respectifs, les habitants avaient plus de chances de parvenir à des résultats largement acceptables si les accords étaient écrits et incluaient des dispositions concernant l’accès à la forêt locale pour les besoins de subsistance.

 

Nouvelles espèces à Bulungan

Durant leurs travaux de terrain dans la Forêt de Bulungan, les chercheurs du projet du CIFOR sur l’évaluation multidisciplinaire des terroirs ont observé plusieurs espèces végétales et animales qui s’avèrent nouvelles pour la science. Ike Rachmawati, de l’Institut indonésien des sciences, a découvert deux espèces de poissons jusqu’ici non décrites, tandis que Djoko Iskandar, de l’Institut de technologie de Bandung, a noté plusieurs espèces inconnues de reptiles et d’amphibiens. Dans les prospections botaniques parallèles, le groupe conduit par Doug Sheil a également découvert un nouvel arbre fruitier (genre Mammea, famille des Clusiacées). Il faudra quelque temps pour vérifier toutes ces découvertes.

 

Conservation de la biodiversité et intérêts locaux

Les ressources biologiques et autres ressources naturelles d’une forêt et des zones environnantes sont généralement d’importance vitale pour la population qui y vit. Mais cette importance n'apparaît généralement pas bien dans les plans établis en vue de la conservation de la biodiversité et autres utilisations de la forêt, parce que les méthodes en usage de prospection biologique ne permettent pas d’appréhender suffisamment les valeurs locales et écologiques d’une forêt d’une manière qui soit utile pour les preneurs de décisions.

Afin d’améliorer cette situation, Doug Sheil, biologiste du CIFOR, et une équipe multidisciplinaire de chercheurs travaillent dans la Forêt de Bulungan pour élaborer une approche plus large, baptisée Evaluation multidisciplinaire des terroirs. Sheil déclare : “Effectuer les prospections au niveau du terroir est important, parce qu’une planification efficace de l’utilisation des terres exige de considérer la forêt et ses ressources comme une partie d’un agro-écosystème plus vaste qui pourvoit à une diversité de besoins de la communauté”.

La dernière phase du travail de terrain s’est achevée en décembre 2000. L’équipe analyse maintenant les données et les rassemble dans un manuel complet sur le travail accompli à ce jour, en préparation de l’analyse scientifique. Plusieurs des méthodes employées sont nouvelles, et un compte rendu sur la méthode de parcelles forestières a été accepté pour publication dans Tropical Forest Science.

La zone d’étude englobe sept communautés situées sur les bassins versants de deux affluents du fleuve Malinau. A partir de 200 parcelles expérimentales, l’équipe a rassemblé de nombreuses données sur la végétation locale, les caractéristiques des sols, les espèces animales et autres particularités biophysiques, en même temps qu’une information socioculturelle telle que l’historique du peuplement, les attitudes de la population vis-à-vis de la forêt et de ses ressources, les utilisations traditionnelles de ces ressources.

Les membres de l’équipe comprennent des ethnobotanistes, des anthropologues, des biologistes, des pédologues et des économistes, de manière à assurer qu’un large éventail de valeurs de la forêt soit représenté dans les prospections. Les villageois locaux ont coopéré étroitement avec les chercheurs pour le rassemblement des données. Dans le cadre des enquêtes, il était demandé aux habitants de classer les diverses caractéristiques de la forêt et des terres alentour en fonction de la valeur que leur attribue la communauté.

Plus de 2000 espèces végétales furent enregistrées, dont 10 pour cent environ n’ont pas encore été totalement identifiées. L’information sur les usages de ces ressources végétales est encore en cours de traitement, mais plus de la moitié des espèces enregistrées à ce jour ont un emploi pratique ou un intérêt pour les habitants ; 20 pour cent sont consommées comme aliments, par exemple, et 13 pour cent ont des emplois médicinaux.

Le sanglier à moustaches (Sus barbatus), dont l’histoire naturelle est mal connue, est généralement cité comme l’espèce animale la plus importante de la région, en raison de son intérêt comme source de protéines.

L’objectif est de faire de la nouvelle approche de prospection une méthode qui sera finalement applicable à différentes localités. Pour le moment, le projet révèle une information spécifique du site qui pourrait aider à guider les politiques sur la gestion forestière locale et l’utilisation des terres.

Les études ont constaté, par exemple, que le rotang, ressource localement importante, s’est raréfié. Un facteur majeur de son déclin réside dans les réglementations officielles de l’exploitation forestière, qui obligent l’exploitant à rabattre tout le sous-bois et les lianes, ce qui a pour objet de favoriser la régénération dans les concessions. Cette pratique a manifestement nui aux communautés locales, cependant que ses avantages sylvicoles sont discutables, selon les chercheurs qui suggèrent de reconsidérer cette politique.

Cette constatation, explique Sheil, est le genre d’information dont les dirigeants et les planificateurs ont besoin pour prendre des décisions plus informées et plus objectives au sujet de la conservation des forêts et de l’utilisation des terres. “Si nous pouvons démontrer que la biodiversité est importante pour les populations locales, et pourquoi”, déclare-t-il, “il sera plus difficile aux responsables d’ignorer ce fait dans la définition de politiques et la planification de l’utilisation des terres”.

 

Carrefours culturels : les nouveaux choix effaceront-ils les modes de vie traditionnels ?

A partir d’une grande somme de recherches, on voit se dessiner un tableau général de changements sociaux et économiques rapides dans les communautés Punan et Dayak riveraines du fleuve Malinau. Cette information fournit une base solide pour des recherches de longue durée sur ce site, et est utile pour la définition de politiques d’aménagement forestier.

La Forêt de Bulungan constitue un milieu particulièrement riche pour étudier l’économie des populations forestières et leur dépendance vis-à-vis des ressources forestières locales. Patrice Levang, chercheur au CIFOR détaché de l’Institut de recherche pour le développement (France), coordonne un certain nombre d’études dans cette zone. Nombre d’entre elles illustrent les tensions et la complexité des problèmes qui font aujourd’hui de l’aménagement forestier une tâche ardue.

A partir d’une récente enquête et d’autres travaux effectués en 1993, Lara Kaskija conclut que l’historique du peuplement et la territorialité sont aujourd’hui des questions importantes. Les Punan et autres groupes autochtones, y compris certains qui ont immigré dans la région il y a peu de temps, désirent recevoir une compensation financière des intérêts extérieurs, tels qu’exploitants forestiers et compagnies minières, pour des terres qu’ils revendiquent comme étant leurs. Levang déclare : “Les gens semblent moins intéressés à la défense de leur environnement et de leur mode de vie qu’à l’obtention de dédommagements appropriés d’étrangers puissants”.

De même, Nicolas Césard a constaté au cours de ses recherches que les habitants de la région, qui ont été pendant longtemps fortement tributaires de la forêt pour leur subsistance, voient de plus en plus les produits forestiers comme une source de revenus pour acheter des biens tels que scies à chaîne, téléviseurs et bateaux à moteur.

A mesure que les entreprises commerciales s’étendent dans la région, elles apparaissent comme des sources possibles d’emplois très nécessaires pour les communautés locales.

Les villageois dénoncent l’afflux de main-d’œuvre extérieure comme une cause majeure de la pénurie croissante de ressources localement importantes telles que bois de fer, oiseaux, poissons et gibier. Josni Mannes étudie la raréfaction des poissons, autrefois abondants dans la région. Les pêcheurs Tidung de Malinau et les employés des concessions forestières et minières sont considérés comme les coupables. Ces deux groupes sont connus pour utiliser le poison et des équipements de pêche électrique pour capturer du poisson qu’ils vendent sur les marchés locaux de la région de Malinau. La qualité de l’eau s’est progressivement dégradée, et dans de nombreux villages elle n’est plus potable. Un recours est malaisé, toutefois, car il est difficile de prouver la faute, et la population locale n’a pas de base juridique pour agir.

De nombreuses communautés locales, notamment dans les zones les plus reculées, sont très dépendantes des commerçants, qui vendent les produits forestiers récoltés localement et apportent des biens manufacturés. Iwan Kurniawan a étudié la chaîne de commercialisation de produits forestiers – en particulier du gaharu – depuis le haut bassin du fleuve Malinau jusqu’à plusieurs centres commerciaux au Kalimantan. Il a constaté que les négociants poussent souvent leurs fournisseurs à l’endettement, ce qui met ceux-ci en position de dépendance vis-à-vis d’eux, leur permettant ainsi d’exercer leur contrôle sur les produits.

Quels nouveaux changements, quelles nouvelles possibilités résulteront à Bulungan du nouveau programme indonésien d’autonomie régionale ? Krystof Obidzinsky, chercheur et étudiant en doctorat, avance l’idée qu’une tendance pourrait être un accroissement des abattages illicites. Ceux-ci sont en augmentation au Kalimantan oriental depuis 1998, et ses études indiquent qu’ils sont le fait d’un nombre croissant d’habitants. Il a constaté que, loin d’être spontanée, cette activité est très bien organisée, et se poursuit au vu et au su de certaines autorités locales, qui reçoivent leur part de ce trafic.

 

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