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Le CIFOR en un coup d’œil
Une vision plus large des forêts
Entretien avec le Directeur général
Les forêts en tant que ressources mondiales
Recherche sur des questions forestières nationales et régionales
De la pauvreté au pouvoir : améliorer les conditions de vie et l’administration locale
bullet.gif (105 bytes) Accroître les bénéfices des produits forestiers
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Pour les partenaires africains, une “plus large perspective”

bullet.gif (105 bytes) Cameroun : ramener les résultats de la recherche vers le site d’origine
bullet.gif (105 bytes) Quel avenir pour les “jardins de rotang” d’Indonésie ?
bullet.gif (105 bytes) La délégation de pouvoirs se traduit-elle par de plus grands avantages pour les populations locales ?
bullet.gif (105 bytes) Informer en vue d’un impact local
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Zimbabwe : le problème de la gestion des ressources collectives

bullet.gif (105 bytes) Administration locale et héritage de l’ère coloniale
Vision d’ensemble : l’aménagement forestier intégré et durable
De nouvelles techniques mises à l’épreuve : la Forêt de recherche de Bulungan à Bornéo
Le peuple de la forêt : les Punan du fleuve Malinau
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De la pauvreté au pouvoir : améliorer les conditions de vie et l’administration locale

Ce sont souvent les populations locales, et notamment les plus démunies, qui supportent le coût des plans d’aménagement forestier et de conservation imposés de l’extérieur. Deux grands programmes du CIFOR travaillent pour accroître les perspectives économiques des produits forestiers et pour donner des pouvoirs aux communautés locales.

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Accroître les bénéfices des produits forestiers

Depuis une vingtaine d’années les gouvernements, les organismes de développement et les ONG de défense de la nature encouragent l’exploitation et la vente de produits forestiers comme stratégie pour accroître les revenus des populations pauvres des tropiques. La mise en valeur des produits forestiers est également préconisée comme étant écologiquement peu dommageable – hypothèse qui peut ne pas toujours être exacte.

Une masse considérable de recherches a été effectuée pour mieux connaître les usages des produits forestiers et leur commercialisation, cependant beaucoup ont porté sur des cas isolés, et les méthodes d’analyse sont très variables. Il en résulte que les conditions sont difficiles à extrapoler, et peuvent même conduire à des résultats contradictoires.

Actuellement, le CIFOR et 60 partenaires de recherche de 27 pays sont engagés dans un grand projet qui a pour objet de mettre au point une technique plus systématique pour analyser divers cas de développement de productions forestières en vue de mieux déterminer les facteurs qui sont en rapport avec les résultats des efforts de développement. Les chercheurs testent et affinent la nouvelle méthodologie en comparant des dizaines d’études de cas en Asie, en Afrique et en Amérique Latine

Selon Brian Belcher, chef du projet, l’objectif est de fournir en définitive une information plus sûre sur la nature des conditions et les types de produits forestiers qui sont les plus favorables pour les investissements. “Les produits forestiers sont importants parce que beaucoup de gens les utilisent, notamment parmi les plus démunis. Mais accroître la valeur des produits forestiers, ce à quoi visent en général les programmes de développement, n’est pas toujours la meilleure réponse”, explique-t-il. “Certains produits forestiers n’ont guère qu’une valeur marginale. Les gens peuvent avoir d’autres possibilités plus valables économiquement”.

“Nous voulons fournir un guide pour déterminer quels sont les cas les plus favorables pour entreprendre un développement, et signaler ceux sur lesquels il vaut mieux ne pas faire d’investissements”, ajoute Belcher, chef du programme du CIFOR Produits forestiers et population. Il dirige le volet Asie du projet, tandis qu’Ousseynou Ndoye et Patricia Shanley, chercheurs du CIFOR, coordonnent les études de cas en Afrique et en Amérique Latine.

L’année dernière, les partenaires de recherche se sont réunis en Indonésie, au Cameroun et au Brésil pour discuter leurs divers cas et s’initier aux méthodes pour une collecte et une analyse uniformes des données. Les cas individuels – qui concernent des produits aussi divers que rotin, papillons, miel, noix du Brésil et plantes médicinales – ont été choisis parce qu’ils présentent un intérêt commercial et ont déjà été étudiés assez en détail, de sorte que l’on peut faire appel aux données existantes pour l’étude.

Les chercheurs enregistrent l’information sur les produits en utilisant un ensemble normalisé de caractéristiques qui décrivent toutes les phases du processus de développement – depuis la production et la transformation jusqu’à la commercialisation et aux marchés. Le produit forestier est-il cultivé ou à l’état sauvage ? A-t-il subi une transformation poussée ou est-il vendu à l’état brut ? Commercialisé surtout localement ou régionalement ? Soumis à une réglementation lourde ou légère ?

Les chercheurs utilisent des techniques variées d’analyse pour comparer les différentes études de cas. A partir de là, ils peuvent discerner les modèles de développement et les caractéristiques qui s’avèrent influer sur les résultats des efforts de commercialisation - information qui pourrait aider à rendre plus efficaces les investissements et concernant les interventions.

 

Pour les partenaires africains, une “plus large perspective”

Le volet africain du projet du CIFOR sur la méthodologie pour les produits forestiers consiste en 21 études de cas, allant d’une chenille comestible (Imbrasia oyemensis) qui est consommée par 60 pour cent de la population de la République Centrafricaine à Prunus africana, arbre très recherché qui a une large gamme d’emplois domestiques et des vertus curatives, notamment l’écorce qui sert à traiter les affections de la prostate.

Ousseynou Ndoye, chef du Bureau régional du CIFOR à Yaoundé (Cameroun), déclare que les chercheurs africains sont très enthousiastes pour le projet : ils ont le sentiment que la comparaison à échelle mondiale donne plus de valeur à leurs études de cas individuelles. En outre, ils sont heureux d’avoir affaire à une nouvelle approche – le cadre conceptuel – dans l’analyse de leurs études de cas. Ci-dessous quelques commentaires de chercheurs qui ont participé en mai à une réunion de travail pour lancer l’étude :

Le projet permettra une comparaison entre différents pays. Par exemple, je rassemble des éléments sur une étude de cas au Gabon portant sur le rotang, qui pourra être comparée à d’autres études sur le rotang dans différents pays d’Afrique

Jean-Pierre Profin
Ministère des Eaux et Forêts, Libreville (Gabon)

Participer à ce projet m’aide à replacer mon travail dans une plus large perspective”.

Louis Dalo
Université de Yaoundé (Cameroun)

Un résultat positif sera la formulation de meilleures politiques pour les produits forestiers
autres que le bois
.”

Dominique Blay
Institut de recherche forestière du Ghana

 

Cameroun : ramener les résultats de la recherche vers le site d’origine

Au cours de leurs travaux dans les tropiques, les chercheurs rassemblent une grande masse d’information. Mais il est rare qu’ils retournent sur leurs sites d’étude pour partager les résultats qu’ils ont acquis avec la population locale qui pourrait en bénéficier directement. Cela risque de laisser les communautés désillusionnées, et à la longue d’en avoir assez de la recherche.

Les chercheurs du CIFOR qui étudient la commercialisation des produits forestiers au Cameroun veulent en finir avec ces pratiques. Faisant équipe avec Tropenbos Cameroun, ils organisèrent en avril 2000 un séminaire pour les agriculteurs locaux, les commerçants et les représentants d’ONG rurales près de Yaoundé pour exposer les conclusions de leurs études de marché. Environ 45 personnes y participèrent.

Les chercheurs du CIFOR recueillent des données sur les marchés locaux environ 6 fois par an. Ils expliquèrent lors du séminaire de quelle façon les agriculteurs et les commerçants peuvent utiliser cette information pour améliorer leurs propres stratégies commerciales et accroître leurs revenus familiaux. Les sujets de discussion portaient sur la spécialisation des produits, la dépendance vis-à-vis de marchés proches ou au contraire éloignés, et les questions d’emmagasinage, de transformation et de valeur ajoutée des produits.

Les participants eurent d’autre part une leçon sur les conséquences d’une récolte inconsidérée. Nicole Chaungueu, de Tropenbos, prit comme exemple le cas de Garcinia lucida, dont l’écorce fait l’objet d’un commerce intense au Cameroun, parce qu’elle est employée pour la fermentation du vin de palme. Dénonçant les dangers d’une surexploitation, Chaungueu montra des photos de sites où la moitié des sujets de Garcinia lucida étaient morts. Elle expliqua ensuite comment l’écorce peut être prélevée sans tuer les arbres.

Les participants déclarèrent qu’ils étaient satisfaits de ce qu’ils avaient appris lors du séminaire, et demandèrent au CIFOR d’en organiser d’autres semblables. La plus grande partie de l’information qu’ils ont acquise devrait les aider à l’avenir à mieux commercialiser leurs produits forestiers. Par un effet multiplicateur, les participants du séminaire présentèrent l’information qu’ils en avaient tirée à d’autres agriculteurs et marchands dans leurs villages et sur leurs marchés habituels.

 

Quel avenir pour les “jardins de rotang” d’Indonésie ?

Haji Sulaiman vit dans une région du Sud Kalimantan (Indonésie) où les villageois cultivent le rotang depuis un siècle ou davantage. Comme pour de nombreux autres foyers du lieu, la production de rotin procure à sa famille une vie aisée. La forte demande du Japon fait de la fabrication des nattes de rotin (lampit) une importante industrie artisanale, et Sulaiman a même inventé une machine pour percer des trous dans le rotin refendu, qui lui a valu une importante récompense du gouvernement.

En 1987, encouragé par les autorités locales, il emprunta de l’argent pour accroître sa production. En 1991, cependant, il se trouva en faillite et son affaire de lampit fut fermée, tandis qu’il doit encore rembourser sa dette.

Sa situation reflète le caractère éminemment fluctuant de la production de rotin au Kalimantan, et en Indonésie en général, au cours des deux dernières décennies. Autrefois source essentielle de revenus pour de nombreux petits agriculteurs, les “jardins de rotang” ont été sapés par les très bas prix. L’industrie des lampit, dont l’Indonésie était autrefois le principal producteur, s’est pratiquement effondrée.

Un consortium de chercheurs du CIFOR et de plusieurs organismes partenaires étudie la dynamique qui a fait des jardins de rotang jadis prospères une activité économique maintenant marginale en beaucoup d’endroits. Une combinaison de facteurs entre en jeu.

A partir des années 1980, le gouvernement introduisit une série de politiques qui interdisaient l’exportation du rotin et restreignaient les investissements étrangers dans son industrie, officiellement dans le but de protéger la ressource et de promouvoir l’industrie de transformation nationale. Cette interdiction fit chuter les prix et la demande ; les prix de la matière première ont peu changé en valeur nominale depuis 1987, et ont diminué en valeur réelle. Les producteurs locaux de rotin y ont perdu, tandis que les prix artificiellement bas offraient aux transformateurs locaux essentiellement une subvention sur le coût de la matière première.

Entre temps, de nombreux jardins de rotang ont été remplacés par des plantations et autres spéculations agricoles, les agriculteurs se sont tournés vers d’autres activités, et les fréquents feux de forêt ont détruit de grandes surfaces de rotang.

Les chercheurs travaillent pour déterminer quelles politiques et quelles conditions pourraient renverser le mouvement et faire des jardins de rotang à nouveau une source intéressante de revenus, notamment dans les villages où les habitants ont peu d’autres perspectives de gains.Une renaissance de l’industrie pourrait-elle être appuyée, et comment ? Ou bien les jardins de rotang sont-ils dépassés et non-économiques dans l’environnement changeant d’aujourd’hui ?

Les bénéfices écologiques sont cités parmi les arguments en faveur d’une restauration des jardins de rotang, qui se trouvent généralement au sein de grands écosystèmes forestiers. “Les jardins de rotang ont une grande importance pour la biodiversité par comparaison avec les plantations de palmiers à huile ou d’hévéas”, explique Rita Mustikasari, chercheuse du CIFOR, qui mène des études sur le rotang dans plusieurs provinces d’Indonésie. “Le rotang est une plante grimpante qui nécessite de grands arbres pour se développer”. C’est pourquoi les jardins de rotang fonctionnent comme des forêts secondaires qui procurent un habitat pour de nombreux produits forestiers différents.

D’un point de vue social, également, les jardins de rotang offrent un certain nombre d’avantages. Ils constituent une forme d’épargne pour de nombreux villageois, qui peuvent récolter le rotin lorsqu’ils ont besoin d’une source d’argent frais pour payer les redevances scolaires, parer à des dépenses d’urgence ou répondre à d’autres besoins familiaux.

Dans une communication présentée en 2000 à un colloque international, les chercheurs soutiennent que les jardins de rotang du Kalimantan sont fondamentalement résilients, et “pourraient être plus compétitifs économiquement si les conditions étaient équitables”. Parmi les réformes de politiques qu’ils suggèrent figure la réduction des barrières qui ont entraîné la chute des prix de la matière première.

 

La délégation de pouvoirs se traduit-elle par de plus grands avantages pour les populations locales ?

De nombreux gouvernements d’Asie ont depuis une vingtaine d’années délégué leur autorité aux communautés locales, pour tenter d’améliorer la gestion des forêts et de donner des pouvoirs aux usagers de la forêt, afin de les aider à améliorer leurs conditions de vie. Juger de l’efficacité de ces efforts est malaisé en raison des différences dans les espérances, les objectifs et les interprétations. Le Programme du CIFOR sur la Cogestion adaptative recherche des réponses plus fiables grâce à des études de cas de délégation de pouvoirs sur 36 sites en Inde, en Chine et aux Philippines.

Les chercheurs évaluent les politiques de délégation de pouvoirs en fonction des demandes et des aspirations des usagers de la forêt. Y a-t-il un plus large accès aux ressources forestières ? La population locale tire-t-elle des avantages accrus de la forêt pour contribuer à ses besoins élémentaires ? Qui prend la plupart des décisions sur l’utilisation de la forêt ? En dépit de différences locales, les chercheurs ont trouvé dans les trois pays des schémas communs.

Contrairement aux craintes des détracteurs, la délégation de pouvoirs a eu pour effet un accroissement du couvert forestier et de la qualité des boisements. Elle a aussi légitimé un contrôle local sur certaines décisions relatives à la forêt. Mais sur la plupart des sites dans les trois pays, la délégation de pouvoirs n’est pas parvenue à répondre aux intérêts des habitants. Même là où les droits forestiers ont été étendus, l’accès et les bénéfices se limitent principalement aux besoins de subsistance, les droits commerciaux – notamment pour le bois d’œuvre – étant restreints.

Dans presque tous les cas, les services forestiers ont maintenu leur contrôle par les décisions d’aménagement, les organisations locales, et les taxes et règlements. Les résultats montrent que, en général, les politiques de délégation de pouvoirs ont changé la manière dont les gouvernements centraux contrôlent la gestion des forêts, plutôt que de réaliser un véritable transfert d’autorité aux usagers locaux de la forêt, note David Edmunds, co-auteur d’un ouvrage en préparation sur ces conclusions.

Avec la délégation de pouvoirs, les services forestiers ont acquis davantage de savoir-faire pour engager les communautés locales dans la gestion des forêts, explique Edmunds. Cette participation, cependant, est encouragée dans le but non pas de donner des pouvoirs aux communautés, mais de répondre aux propres intérêts des services forestiers. Au titre des mesures de gestion forestière conjointe en Inde, par exemple, une grande part des terres forestières “dégradées” revendiquées par l’Etat en vue du reboisement l’ont été au détriment des surfaces de pâturages, des services écologiques et d’essences appréciées par les populations locales. “La tâche de protection des forêts est souvent transférée aux usagers forestiers, tandis que les fonctionnaires forestiers se réservent de décider d’éléments importants tels que le choix des essences à planter, le moment des coupes, le lieu des ventes, et la gestion des profits”, déclare Edmunds.

Les chercheurs estiment que certains des principaux bénéfices de la délégation de pouvoirs sont indirects. A mesure que les usagers forestiers locaux acquièrent clarté et légitimité d’accès aux forêts, ils reçoivent une assistance considérable d’ONG, d’universités et de programmes officiels sous la forme d’initiation juridique, de formation en matière d’organisation communautaire, de développement de petites entreprises et de techniques agroforestières, et autres susceptibles d’améliorer leurs moyens d’existence et de renforcer la société civile.

L’étude recommande vivement des changements d’orientations dans un certain nombre de domaines afin d’améliorer les bénéfices de la délégation de pouvoirs pour les communautés locales. Parmi les mesures recommandées figurent les suivantes :

·           Définir des droits de propriété plus clairs et moins restrictifs au niveau local.

·           Créer des possibilités de prises de décisions pluralistes et procurer aux groupes d’usagers forestiers les plus désavantagés les moyens d’influer sur les politiques.

·           Inclure des dispositions en vue de développer les capacités locales dans des domaines tels que savoir-faire technique, commercialisation, organisation, communication, notions juridiques, mobilisation politique.

·           Transférer l’objet des interventions de l’Etat et des ONG des aspects de techniques et de gestion forestières vers les processus politiques qui s’y rapportent.

“Il y a vingt ans les politiques de délégation de pouvoirs étaient prônées comme des remèdes universels tant pour les services forestiers que pour les usagers locaux”, déclare Edmunds. “Nous savons maintenant que si la délégation de pouvoirs apporte certains avantages communs, des compromis sont également inévitables”.

 

Informer en vue d’un impact local

Une étude de cas en Amazonie brésilienne montre comment les communautés rurales, lorsqu’on leur présente des connaissances scientifiques fiables, sont souvent disposées – et même empressées – à modifier leur mode d’utilisation des ressources forestières pour en assurer la pérennité.

Dans l’est de l’Amazonie, le nombre d’essences exploitées est passé en 30 ans de 20 à plus de 300. Nombre d’entre elles sont d’importantes sources d’aliments, de fibres et de médicaments utilisés localement. A l’heure actuelle, les 15 essences les plus appréciées dans la zone d’étude comme source d’huile médicinale ou parce qu’elles attirent le gibier sont abattues par les exploitants forestiers.

Dans le cadre de son étude de longue durée sur l’aménagement des productions forestières autres que le bois dans une zone de bordure le long du Rio Capim, Patricia Shanley, chercheuse du CIFOR, a aidé les populations locales à comprendre ce que la perte de certaines essences forestières signifierait en matière de santé et de nutrition.

Les habitants de la région voyaient dans l’exploitation forestière une source importante de revenus en argent. Mais ils n’avaient pas une information suffisante pour peser les avantages et les inconvénients de vendre les arbres pour leur bois au lieu de les conserver pour leurs autres bénéfices. Le travail de Shanley fait ressortir de nombreux bénéfices “cachés” qui n’étaient pas pleinement reconnus.

Un seul pied de bacun (Platonia insignis), par exemple, peut produire annuellement suffisamment de ses fruits délicieux – utilisés pour faire des crèmes glacées, des jus de fruits et des confitures – pour rapporter l’équivalent de 100 $EU, alors qu’un arbre abattu peut ne pas rapporter plus de 2 $EU. La piquia (Caryocar villosum) attire des centaines de kilogrammes de gibier durant la période de floraison de l’arbre, ce qui procure aux familles locales une importante source de protéines. Enfin l’huile essentielle produite par le copaiba (Copaifera spp), qui se vend à environ 15 $EU le litre, est utilisée pour prévenir l’infection des blessures.

Armés d’une telle information, les propriétaires forestiers locaux ont durci leurs négociations avec les exploitants forestiers, bien décidés à préserver une plus grande proportion d’arbres fournissant des fruits ou attirant le gibier, et ils ont montré un plus grand intérêt à transformer les fruits et les plantes médicinales pour leur usage personnel et pour la vente.

Shanley déclare que les matériels d’information élaborés pour faire connaître les valeurs de la forêt sont sollicités par des chercheurs et des programmes de conservation dans d’autres parties de l’Amazonie brésilienne et en Equateur, en Grèce, au Mexique, au Pérou, au Sri Lanka, en Indonésie et en Malaisie. En février 2000 elle a été invitée à présenter son travail à un colloque organisé par le Service international de la recherche agricole nationale à La Haye (Pays-Bas), qui a mis en lumière des méthodes novatrices pour améliorer la capacité des communautés locales de gérer leurs ressources.

 

Zimbabwe : le problème de la gestion des ressources collectives

Depuis les années 1980, le Zimbabwe a mis en place un système pour le contrôle local des ressources naturelles – notamment les ressources partagées telles que terrains de parcours, bois pour la construction et l’artisanat, et autres produits forestiers. Mais ce système n’a pas fonctionné comme prévu, et les populations locales s’en sont désintéressées.

Des chercheurs du CIFOR, de l’Institut d’études sur l’environnement de l’Université du Zimbabwe et du Centre d’écologie et d’hydrologie du Royaume-Uni collaborent à un projet de trois ans destiné à mettre au point une approche plus efficace. Leur travail sur deux micro-bassins versants du district de Chivi dans le sud du Zimbabwe a fourni d’importants résultats en 2000. Grâce à une série de réunions de travail à l’initiative des chercheurs, des fonctionnaires du gouvernement et des villageois ont trouvé un terrain d’entente et se sont mis d’accord sur des changements dans l’administration des ressources jugés mutuellement acceptables.

“Cet événement a ouvert la voie à un changement radical d’autorité, passant du mode actuel de prescriptions autoritaires et contrôle à un système de gestion largement fondé sur l’apport de la communauté”, déclare Bruce Campbell, chercheur du CIFOR membre de l’équipe d’étude.

Au titre du plan de décentralisation mis en place il y a plus de dix ans, le gouvernement du Zimbabwe a rendu les Conseils de district responsables de l’administration des ressources naturelles. Les conseils réglementent l’utilisation des ressources selon un système d’arrêtés. Mais ces réglementations ont été édictées par l’Etat sans participation locale, et ne traduisent pas les intérêts des communautés. En outre, les règles n’ont pas été bien appliquées.

“Il y avait essentiellement disparité”, déclare Campbell. Les systèmes locaux de gestion des ressources naturelles les plus efficaces étaient fondés sur les systèmes traditionnels. En revanche, les Conseils de district avaient le mandat légal de gérer les ressources naturelles, mais étaient fondamentalement inefficaces.

Afin d’aider les communautés à remédier à ce déséquilibre, les chercheurs organisèrent plusieurs réunions communautaires pour des représentants des villages et des membres des Conseils de district. Recourant à une méthodologie sociologique appelée “élaboration de scénario”, les chercheurs engagèrent les différentes parties à imaginer comment elles voudraient voir fonctionner la gestion des ressources locales, et à proposer des changements possibles dans le cadre juridique existant, susceptibles d’améliorer la situation actuelle.

Selon Campbell, la population locale était très enthousiaste au sujet de ces réunions. “La plupart des représentants des villages n’avaient jamais eu auparavant l’occasion d’exprimer leurs points de vue et de discuter de telles questions avec les autorités de district”, déclare-t-il.

Dans une session finale, plusieurs groupes présentèrent au Conseil de district des scénarios possibles pour l’aménagement de diverses ressources, en relation avec leur administration. A la surprise de beaucoup, le Conseil accueillit très favorablement les changements proposés dans la structure de la gestion. Selon les nouvelles dispositions, son rôle serait essentiellement d’appuyer et coordonner les initiatives communautaires, et de fournir son arbitrage si nécessaire.

“Nos activités de recherche ont apporté un progrès décisif”, déclare Campbell. Satisfait de l’issue du processus, le Conseil de district désire étendre le projet pilote à d’autres villages.

 

Administration locale et héritage de l’ère coloniale

La décentralisation de la gestion des ressources naturelles donne-t-elle réellement à des groupes auparavant marginalisés l’accès au pouvoir et aux ressources, comme le prétendent ses partisans ? Ou bien est-elle, en fait, un moyen de servir les buts des élites nationales plus efficacement et à moindre coût ?

Alois Mandondo, partenaire de recherche du CIFOR, déclare que l’expérience du Zimbabwe fournit d’utiles leçons. Elle a étudié l’historique des efforts récents de décentralisation, en remontant jusqu’aux politiques d’autorité indirecte sous le régime colonial. Le gouvernement national a rendu les chefs locaux responsables de l’application de certaines réglementations relatives à l’environnement. Ces règles, toutefois, ne reflétaient pas les intérêts locaux, mais servaient les objectifs de l’administration coloniale – souvent aux dépens des populations indigènes. Les agriculteurs, par exemple, étaient obligés de cesser l’exploitation foresière commerciale, de réduire les effectifs de leurs troupeaux, et de fournir de la main-d’œuvre gratuite pour des travaux de conservation des sols.

Dans un rapport intitulé “Forger des systèmes démocratiques/non démocratiques de gestion des ressources à partir des reliques du passé colonial du Zimbabwe”, Mandondo soutient qu’il n’y a que peu de changement. Les autorités locales restent largement soumises au bon vouloir des dirigeants nationaux, et sont responsables devant les chefs de partis plus que devant leurs administrés.

En 1988 les autorités de district furent chargées, comme dans le passé, d’appliquer les réglementations relatives à l’environnement et à la conservation. Cela était supposé accroître le pouvoir local, selon Mandondo, mais en pratique, conclut-elle, il y eut peu de progrès en ce qui concerne la faculté pour les communautés de fixer leurs propres règles, de tirer des revenus des ressources naturelles locales et d’élire démocratiquement leurs propres représentants.

Dans le cadre des projets CAMPFIRE, par exemple, les communautés locales sont supposées recevoir au moins 50 pour cent des revenus provenant des safaris touristiques. Mais les Conseils de district sont réticents à permettre aux communautés de contrôler ces fonds.

 

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