Les stratégies territoriales face à l’Etat: un exemple d’appropriation de l’espace au Kouilou (Congo)

Les stratégies territoriales face à l’Etat: un exemple d’appropriation de l’espace au Kouilou (Congo)

Sous le régime “marxiste scientifique”, les identités ethniques et claniques ont été gommées.Mais, comme dans tout l’ancien bloc socialiste, elles resurgissent de plus belle, malgré l’important brassage de population qui a eu lieu dans les villes et le long de la ligne de chemin de fer 16 . Mais comme pour les récents conflits politiques à Brazzaville (Dorier-Apprill, 1995), la coloration ethnique des revendications au Kouilou est toutefois à nuancer. Nous avons vu que des membres de la même ethnie peuvent s’affronter, entre autochtones et migrants, pour l’appropriation des ressources naturelles. L’ethnie ou le clan fonctionne en tant que groupe stratégique, au même titre que le réseau de solidarité villageois ou les associations. Le groupe se définit en fonction d’intérêts locaux et ponctuels au travers de relations de clientélisme. Si les ressources halieutiques diminuent dans un village habité à la fois par des Vili et des Téké, c’est autour de l’ethnie que se fédèrent les conflits. Si les dissensions s’opèrent autour des plantations d’eucalyptus, les villageois s’appuient sur l’association ou bien jouent la carte de la tenure foncière clanique. La référence à la tradition sert de prétexte et varie aussi selon le contexte : ici, croyance au génie, là, appropriation coutumière des terres. Mais prétexte ou non, la tradition est toujours vivante et s’adapte au changement. Pour les populations du Kouilou, comme pour d’autres sociétés (Bonnemaison, 1992 ; Vincent, 1995), le territoire qu’elles occupent est chargé d’histoire et de géo-symboles, tant sur le plan visible qu’invisible, et son appropriation est le fait des génies tutélaires. Les marques matérielles de l’histoire y étant rares, la géographie symbolique prend encore plus d’importance qu’ailleurs. Ceux qui viennent de l’extérieur pour exploiter des ressources peuvent le faire tant qu’ils s’acquittent correctement de leurs redevances face aux gérants visibles et invisibles du territoire ; mais de toutes façons, leur passage en ces lieux est éphémère car la permanence est aux génies.

Authors: Katz, E.; Nguinguiri, J.C.

Topic: community forestry,governance,policy

Geographic: Congo

Publication Year: 1997

Source: Bonnemaison, J., Cambrézy, L. and Quinty-Bourgeois, L. (eds.) Le territoire: lien ou frontière ? Identités, conflits ethniques, enjeux et recompositions sociales (Colloque ORSTOM-Paris IV, Paris, 2-4 Oct. 1995), Paris.


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